Les Ateliers d’écriture des Buffon #3 : Jacasseries

Bonjour, lecteurs et lectrices de ce blog !

Tandis que je vous écris ces lignes, j’ai du mal à croire que 2018 chemine doucement (mais toujours trop vite pour nous, pauvres mortel•le•s qui nous débattons plus ou moins joyeusement dans les diverses obligations de nos quotidiens) vers son terme… De nouvelles missions professionnelles m’accaparent en cette fin d’année, mais je continue d’écrire.

Aujourd’hui, je partage avec vous le troisième texte produit dans les Ateliers d’écriture des Buffon, la récréation créative que nous nous offrons mensuellement avec les camarades écrivain•e•s publics•ques de la Sorbonne.

Bonne lecture ! (Temps de lecture : 3 minutes)

Consigne, par Hélie B.

Produire un texte en partant du champ lexical autour d’un sens et utiliser les expressions s’y rapportant, dans une production à style libre.

Par exemple, autour de l’ouïe : « oreille », « entendre (et dérivés)», « sourd », « pavillon », « bruit », « silence » …

Temps d’écriture : 1 heure maximum

Jacasseries

À l’orée d’un bois, une chatte suivie de ses trois petits avance à pas prudents, toute ouïe malgré l’épuisement. Quand cette mère vaillante a compris que les humains qui la nourrissaient avaient fait disparaître deux des chatons qu’elle leur avait amenés en confiance, elle n’a pas hésité. Elle a couru jusqu’à la cachette de ses bébés survivants, et les a poussés sur la route de l’exil.

Tous les quatre sont à présent à la recherche d’un nouveau foyer, mais il est difficile de tenir la distance quand on a que quelques semaines et de toutes petites pattes. La mère ronronne pour leur donner du courage. Frrrrrrrrr. Frrrrrrr. Le son est profond. Chaque nouvelle vibration éclot dans sa poitrine, passe la barrière de sa chair et se propage dans l’atmosphère. En comparaison, le froufrou des coussinets sur la litière forestière est beaucoup plus discret, mais la mère se tient sur ses gardes. Le flap-flap d’ailes au-dessus de sa tête lui donne raison. Une pie se pose sur une branche surplombant le sentier. La chatte couche ses oreilles et se fige en jetant à l’intruse un regard mauvais. Elle sait que sous leurs beaux atours, ces oiseaux sont les plus effrontés de la forêt.

– Hê-ê-eee-ee-k ! Vous là, approchez, dit la pie. Oui, vouuus. Vvveneeeeez ! Moi qui ai l’ouïe fine, je peux vous conter de truculentes histoires sur les habitants de ces bois ! Leurs oreilles vont siffler, mais vous allez vous régaler !

– C’est-à-dire que nous ne sommes pas d’ici, répond la chatte, méfiante. Nous ne connaissons personne.

– Je sais. Vous venez vous installer dans la région, et je viens justement vous aider !

– Comment le savez-vous ?

– Je suis la cousine de Messire Corbeau, la conscience de ces bois. Il voit tout, il sait tout, et il me répète tout ! Quatre chats inconnus en vadrouille, ce n’est pas le genre d’information qui lui échappe. Alors écoutez, vous qui arrivez où vous êtes étrangers, ce que vous devez savoir sur vos voisins avant de vous établir. Pour commencer, si j’étais vous, je m’écarterais de cette cité bourrée de chasseurs. Leurs parages sont bruyants ; ça ne sait pas rire sans hurler, ça devient crétin comme des escargots qui ont rampé dans de la javel quand ça picole, et leurs chiens tarés, enfermés dans leurs chenils minuscules, aboient au moindre pet de souris. Et surtout, il serait dommage que la détonation d’un fusil retentisse pour vous ou pour l’un de vos petits, les chats ne sont pas du tout aimés par ici. Les pies non plus d’ailleurs, hê-ê-eee-ee-k ! Si vous voulez avoir la paix, installez-vous plus bas, dans les ruines du vieux four en pierre au bord de la rivière. Les glouglous de l’eau berceront votre repos après vos nuits de chasse et couvriront les jeux de vos petits. Panache, la renarde, ne devrait pas vous ennuyer. Votre vue la fera sans doute un peu glapir, mais les proies sont légions en cette saison. Cela profitera à tous que vous l’aidiez à nous débarrasser des rongeurs. Ils pullulent et leurs couinements sont insupportables à l’heure de dormir. Je les chasserai bien moi-même, mais les malins ne sortent qu’au faîte de l’obscurité, au moment où ma vue est la plus basse. Si vous pouviez supprimer ces vermines avant le début de la saison du brame des cerfs, nous jouirons d’une trêve bienvenue avant l’enfer. Car comme chaque année, tout le monde profitera de leurs ébats ! On a beau leur dire de se calmer, vous savez ce que c’est, les cervidés. Vous leur dites quelque chose, ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre. Qu’ils dérangent toute la forêt avec leurs cochonneries, cela n’est même pas audible pour eux !

La pie soudain se tait et lance à la chatte un regard torve.

– Mais j’oublie à qui je parle ! Vous les chats n’êtes pas réputés non plus pour la pudeur de vos mœurs. J’espère que vous vous tiendrez à carreau, ma chère, et que vous irez soupirer et miauler votre plaisir ailleurs que sous mon bec ! J’exige également qu’aucun de vos prétendants ne pénètre le périmètre du vieux four, j’y ai mon nid et je tolère mal le désordre. Si vous voulez dormir sur vos deux oreilles, filez droit et soyez sage ! Sinon, j’irais jacasser votre position à tous les prédateurs de la région ! À bon entendeur. Salut ! Hê-ê-eee-ee-k !

La chatte agacée regarde l’oiseau s’envoler et son irritation roule entre ses dents.

– Quelle mère serais-je si j’allais installer ma nichée près d’une voisine aussi bruyante et écervelée ? Mais merci de m’avoir indiqué où trouver la tienne, cela t’apprendra que bavardage incontrôlé nuit toujours à celui qui s’y laisse aller.

©Chris Bellabas, janvier 2018

 

Merci de m’avoir lu. Alors, avez-vous deviné le sens mis en avant à travers ce texte ? 😉

 

Pour prolonger les plaisirs de la lecture 📓

Atelier d’écriture Buffon n°1 : Une Maîtresse exclusive

Atelier d’écriture Buffon n°2 : La Frégate et l’Enfant

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4 commentaires sur “Les Ateliers d’écriture des Buffon #3 : Jacasseries

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