Le Procès Malefoy, chapitre 1 [extrait fanfiction Harry Potter]

Bonjour à tous et toutes !

Voilà bien longtemps que j’avais envie d’écrire une fanfiction Harry Potter pour me détendre entre deux textes de mon propre univers. L’occasion (et la motivation) m’en a été donnée grâce aux membres d’un forum qui organisent chaque année une Coupe des 4 Maisons pendant la période estivale. En bon PotterHead qui se respecte, comment résister ?

La consigne d’écriture est la suivante : J.K.Rowling aimerait écrire un autre livre dans l’univers d’Harry Potter, mais elle n’a plus d’idées. Elle fait donc appel à toi pour trouver le scénario de son prochain roman et l’écrire.

Cadre du sujet :

  • De la même manière que la saga a suivi Harry à la trace, tu vois devoir nous faire vivre l’extrait à travers un autre personnage de la saga (pas un personnage inventé de toutes pièces)
  • Autour du personnage choisi, tu peux évidemment inventer de nouveaux personnages
  • Le roman doit obligatoirement se passer à l’époque d’Harry (entre les tomes 1 et 7)
  • ATTENTION ! Ton roman doit être CANON avec la saga même s’il est farfelu
  • L’extrait pourra entièrement reprendre un passage des livres que l’on connaît ou seulement une partie qui sera complétée de fanfiction.
  • Il faut fournir un titre et une 4e de couverture en plus de l’extrait.

Bonne lecture ! (Et merci à Julie pour ce superbe défi 😀 )

Chapitre 1

La lumière déclinante derrière les bois du domaine Malefoy carminait le ciel de teintes incandescentes. Comme chaque soir, Lucius contemplait le soleil s’abîmer dans l’horizon embrasé avec l’impression de plus en plus écrasante qu’un peu de sa personne se diluait avec le jour.

Depuis la Grande Bataille de Poudlard, dans la nuit du 1er au 2 mai 1998, il restait confiné chez lui, contraint et forcé par les Aurors exécuteurs du jugement provisoire du Magenmagot l’assignant à résidence avec femme et enfant. Soit deux mois sans voir la lumière du jour autrement qu’à travers une fenêtre. Comme une plante oubliée dans l’obscurité, Lucius Malefoy dépérissait à vue d’œil. Le visage émacié, les joues creusées par des jours et des nuits d’angoisse, le regard terne, l’orgueilleux aristocrate n’était plus que l’ombre de lui-même, et chaque nouveau crépuscule le trouvait l’air encore plus funèbre.

En contrebas de sa position, des Aurors patrouillaient dans les allées du parc, au milieu des paons albinos qui paradaient sur les pelouses. D’autres Aurors gardaient chaque entrée du domaine et certains avaient même investi le manoir. Ces mesures de sécurité visaient davantage à protéger les Malefoy du courroux de la population, qui aurait pu être tentée de se rendre justice elle-même en venant exécuter le seul Mangemort détenu en dehors d’Azkaban, qu’à empêcher une évasion. Le Seigneur des Ténèbres était bel et bien fini cette fois, Lucius en avait la certitude absolue, et il n’y avait rien à espérer non plus de ses anciens camarades. Bella était morte. Son imbécile d’époux et son pervers de frère avaient été arrêtés et on disait qu’ils recevraient bientôt le baiser du détraqueur, comme Macnair, Rookwood, Dolohov et tous les autres. Les Malefoy ne devaient leur sursis qu’à leur prompte désertion durant la bataille, et à l’affirmation d’Harry Potter assurant que Narcissa l’avait laissé vivre quand elle aurait pu signer sa perte. Ainsi, on avait autorisé les trois membres de la famille à rester unis dans l’attente de leurs procès respectifs et ils s’en réjouissaient secrètement. Dans l’infamie et le désespoir, on leur faisait grâce de faire front ensemble. Restait à savoir ce qu’il adviendrait d’eux.

Lucius ne s’inquiétait pas trop pour Drago. Leur avocat plaiderait la jeunesse, il en rajouterait au chapitre de la terreur et de l’impression qu’un sorcier comme Lord Voldemort pouvait inspirer à un gamin qui n’avait même pas encore terminé ses études, et Drago serait reconnu irresponsable de ses actes. Les juges verraient en lui une victime du pouvoir du Seigneur des Ténèbres et de l’idéologie familiale.

Narcissa pouvait espérer s’en tirer à bon compte elle aussi. Elle n’avait jamais joué qu’un rôle de second plan dans les desseins du Seigneur des Ténèbres, et n’avait bien souvent agi que dans l’intérêt de Drago. Lucius voyait mal toutes les mères du Magenmagot, des sorcières d’un certain âge, condamner une femme dont chaque acte n’avait été dicté que par le souci de préserver son unique enfant.

Lui, en revanche… Bien sûr, nombre de ses décisions avaient aussi été prises en considération de Drago, mais les intérêts de son fils n’étaient qu’un motif parmi d’autres, et il ne s’attendait pas à ce que des impies défenseurs des Moldus et des Sang-de-Bourbe comme ses juges y entendent la moindre chose à l’honneur familial et au respect des traditions. Lucius ne se faisait donc guère d’illusion sur son sort. On lui faisait grâce d’attendre son jugement auprès de sa famille plutôt que dans une geôle d’Azkaban, mais cela ne garantissait rien quant à son avenir. Par ailleurs, bénéficier d’un traitement de faveur pour avoir déserté le meurtrissait de honte. Il songeait, moitié avec amertume moitié avec frayeur, qu’il pouvait se réjouir que ses anciens camarades soient promis à une mort prochaine. Qu’un Lestrange ou qu’un Dolohov lui tombe dessus et il ne donnait pas cher de sa peau.

Certes Drago, Narcissa et lui ressortaient vivants de la guerre, mais le resterait-il, lui, et à quel prix ? Il était un traître. Quelle image donnait-il à son fils ? Et à ses aïeux ? Lucius avait suffisamment joué avec la magie noire pour savoir que les morts veillaient quelque part, sur un autre plan de conscience. Il ignorait cependant si c’était à ses affinités avec l’Obscur ou à sa fatigue nerveuse qu’il devait de voir le spectre d’Abraxas Malefoy, son propre père, venir l’invectiver chaque fois qu’il s’assoupissait. Le fantôme enragé l’accablait de toutes les insultes qu’il connaissait en lui reprochant tous les malheurs qui frappaient la famille.

« Dix siècles de grandeur réduits à néant par ta faute, Lucius ! Ta couardise est seule responsable de cette débâcle. Un vrai Malefoy aurait aidé son camp à triompher ou il se serait tué pour s’épargner l’humiliation d’être vaincu. Partir avec éclat, voilà ce que l’honneur de la famille exigeait de toi. Tu es le sorcier le plus pathétique de notre Maison, une loque humaine répugnante, aussi faible qu’un cracmol.

– Taisez-vous père, taisez-vous, disait Lucius d’une voix lasse et mortifiée. J’ai fait de mon mieux. »

Mais le spectre n’avait rien à faire de son épuisement, de son affliction, de sa détresse. Il poursuivait ses incursions rageuses tant et si bien que les cernes de son héritier se creusaient jusqu’à former des ravines violacées sous ses yeux de plus en plus hagards.

« Lucius ? Narcissa s’était glissée si discrètement dans son dos qu’il ne l’avait pas entendue arriver. Tu viens dîner ?

– Plus tard peut-être. »

Elle n’insista pas et repartit aussi doucement qu’elle était venue. Lucius savait que le déclin de son état inquiétait sa femme et son fils. Envolés, le timbre plein d’arrogance et la voix traînante qui avaient assis la réputation de bretteur verbal de leur époux et père. Si Lucius Malefoy arrivait encore à donner quelque apparence de majesté à sa silhouette efflanquée, c’était uniquement grâce au maintien aristocratique inhérent à son rang, mais dans son cœur brûlait sa propre croix de feu, calcinée par les regrets.

Mais que regrettait-il, au juste ? Son engagement dans la cause du Seigneur des Ténèbres qui allait probablement causer sa perte et la destruction de sa famille ? Ou la déchéance de cette cause en laquelle il avait cru si ardemment toute sa vie ? Le monde idéal imaginé par ses ancêtres, un monde où les Sang-Pur prenaient enfin la place qui leur revenait de droit, au-dessus des Moldus, des Sang-de-bourbe et des autres créatures, n’avait été qu’une trêve. Leur rêve s’était fracassé contre les remparts de Poudlard.

Lucius n’osait plus paraître devant les portraits de ses aïeux dont les personnages le haïssaient si vivement qu’ils le poursuivaient de cadre en cadre à travers la demeure et montaient les sujets des autres tableaux contre lui. Même La Dame à la Manticore, vénérable sorcière de l’ancienne noblesse française, si courtoise d’ordinaire, s’était fendue de remarques acerbes sur son passage, et Lucius en était très affecté. Quand la situation avait dégénéré au point qu’il ne sut plus faire un pas dans le manoir sans être interpellé et insulté par toutes les peintures et les tapisseries de la maison, Narcissa avait demandé aux Aurors de retirer toutes celles qui pouvaient l’être. Lucius n’avait plus qu’à éviter les pièces où restaient les œuvres qu’un sortilège de glue perpétuelle empêchait de décrocher, mais il avait pu prendre la mesure du mal. Il était désormais si peu de choses qu’on ne lui témoignait plus de respect même dans sa propre maison. Si les sujets de ses tableaux le traitaient comme un moins que rien, qu’est-ce que ce serait là dehors ? Quelles humiliations, quels affronts lui faudrait-il supporter lorsque sonnerait l’heure du procès ?

Ses mains se crispèrent sur une vieille commode scriban anglaise en laque de Chine du XVIIIe siècle, juste à côté de son poste d’observation près de la fenêtre. La fatigue favorisant les hallucinations, Lucius entendait plus qu’il n’imaginait les quolibets d’une foule en fureur réclamant justice, sifflant et crachant après lui comme un chat titanesque, le huant, le conspuant et réclamant pour lui la peine capitale. Le Baiser du détraqueur.

Les tremblements incontrôlables de ses mains s’accentuèrent. Si les juges cédaient à la vindicte populaire ? S’ils le condamnaient et acquittaient Drago et Narcissa ?

Viendraient-ils lui présenter ses petits enfants, ses héritiers, alors qu’il ne serait pas en état de comprendre qui ils étaient, ni de se rappeler qu’il avait une femme et un fils, qu’il avait un nom, et encore moins de s’apercevoir qu’on lui rendait visite ?

Quelle fin atroce… L’épouvante humidifia ses yeux. Le pire serait pour Drago et Narcissa qui garderaient leurs souvenirs de lui avant. Continueraient-ils encore à venir le voir, à s’infliger la vision de ce mari et ce père devenu une coquille vide ? Un réceptacle vidé de sa substance qui ne pensait plus, ne raisonnait plus, ne parlait plus, ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre que l’usure du temps corrode ses fonctions vitales jusqu’à l’arrêt complet de la machine ?

Mais la possession d’une âme était-elle le nécessaire corollaire de la pensée ? Le souvenir du Seigneur des Ténèbres ayant morcelé la sienne en plusieurs fragments et toujours doué de raison pour autant effraya Lucius au-delà de toute mesure. Et si le Baiser du détraqueur débouchait non pas sur une perte des fonctions cognitives, mais sur une souffrance assez violente pour faire basculer l’esprit dans la folie ? Une folie consciente, irrépressible. Qu’est-ce que cela impliquait physiquement de perdre son âme ?

« Viens manger, Lucius, s’il te plaît. »

Narcissa revenait à la charge. Il fallait qu’elle se tourmente vraiment à son sujet pour s’acharner, alors Lucius consentit à la suivre dans la cuisine (la salle à manger étant condamnée à cause de la présence des portraits de Nicholas et de Brutus Malefoy) et à s’attabler avec elle et Drago. Les regards anxieux de ce dernier vers son assiette quasiment intacte décidèrent Lucius à faire plus que picorer et il s’efforça de faire bonne figure tandis qu’il avalait l’intégralité de son dîner. Son ventre noué protesta, mais la joie dans les yeux des siens valait bien quelques maux d’estomac.

 

Étendu aux côtés de Narcissa dans leur chambre sombre, Lucius rêvait. Il portait un collier en acier autour du cou et les haillons d’un prisonnier qui aurait croupi dans sa cellule pendant un certain temps. On le tirait dans une cage en bois montée sur un chariot à travers les rues de Londres. Tout autour de lui, des Aurors perchés sur le dos de licornes l’escortaient. Les gracieux équidés devaient jouer de leur corne pour faire reculer la foule avide de verser le sang du criminel. Le Seigneur des Ténèbres disparu, ses autres partisans morts ou en attente de l’exécution de leur condamnation, il ne restait que lui pour assouvir les pulsions de mort de cette bête aux milliers de visages dont la clameur effroyable résonnait dans la nuit.

Lucius se tenait terrorisé au milieu de sa cage, conscient que sans les Aurors, des centaines de bras se tendraient vers lui pour l’attraper et le mettre en pièces. Plusieurs mouvements de foule éclataient sur son passage, disciplinés à grande peine par son escorte. Plus leur équipage approchait du Ministère de la Magie où il devait être jugé, plus le bouillonnement de la multitude clapotait et tonnait. Des personnes brandissant leurs baguettes magiques barrèrent la route au chariot, cabrant les sombrals qui le tiraient. Lucius n’eut que le temps de voir des sortilèges aux couleurs criardes, probablement de cuisants maléfices, fondre dans sa direction, mais déjà, ceux lancés par les Aurors filaient à leur rencontre et les faisaient exploser en vol.

Plusieurs cellules d’agitation éclatèrent autour du chariot. La foule ne réclamait plus justice mais vengeance.

Vengeeeeance ! ven-geance-ven-geance !

À mort l’assassin ! À mort-à mort !

Au bûcher le Mangemort !

Lucius, pétrifié dans le fond de sa cage, écoutait les milliers de têtes de la bête hideuse scander leur désir de le faire mourir. Il n’avait jamais autant espéré que les Aurors parviennent à garder le contrôle de la situation.

Soudain, l’image bascula et Lucius se trouva dans le parc du manoir familial par une calme soirée d’été. Un chemin d’or s’ouvrait devant lui. Il supposa qu’il fallait le suivre. Il en avait très envie de toute façon. Mais il venait à peine de s’y engager qu’une brume d’origine spectrale lui barra la route. Elle s’étira en tournoyant pour former l’honnie silhouette familière. Abraxas Malefoy apparut dans toute son impérieuse stature. Même port de tête arrogant, même raideur aristocratique que son fils, mais une carrure nettement plus impressionnante qui avait fait dire de lui en son temps qu’il était une force de la nature. De la maladie qui l’avait tué, plus aucune trace ne subsistait sur le visage aux traits durs et aux rouflaquettes et à la moustache blondes.

Authentique fantôme ou hallucination, c’était sous l’apparence qu’il possédait dans la force de l’âge qu’Abraxas persécutait son fils.

« Père ? Ô père, je vous en prie, cessez de troubler mes nuits alors que vous hantez déjà mes jours. Qu’essayez-vous de faire au juste ? Me tuer par épuisement, à l’usure ? Est-ce votre façon de vous venger ?

– Tu ne mérites pas plus de m’appeler père que de m’entendre t’appeler fils. Tu ne mérites pas de porter mon nom, misérable pleutre, couard dégénéré. Je savais que j’aurais dû faire surveiller ta mère de plus près. Il n’y a que les bâtards pour trahir leurs convictions au premier souffle de vent contraire. Tu nous as tous déshonorés. Scélérat ! Pendard ! »

La voix sépulcrale portait sa propre résonance, comme si les paroles de l’apparition n’étaient que l’écho de celles qu’elle prononcerait ailleurs, dans un autre lieu.

Ses yeux gris, là aussi si semblables à ceux de Lucius, le transperçaient de leur rage sourde, de leur mépris. Et ce fut ce dernier qui ébranla Lucius bien plus que la fureur qu’il sentait dévorer l’être spectral face à lui. Alors, parce qu’il était blessé et qu’il détestait être celui qui recevait les coups au lieu de celui qui les donnait, Lucius se rengorgea. Il se redressa de toute sa hauteur pour fusiller l’apparition du regard.

« Je ne suis que ce que les circonstances ont fait de moi. Auriez-vous été plus satisfait de voir notre lignée s’éteindre avec nous trois si je n’avais éloigné Drago et Narcissa de la bataille ? Cela vous aurait-il été plus plaisant ? Est-ce cela dont vous rêvez quand vous parlez de partir avec éclat ? La décision m’en a coûté, et elle me coûtera pour toujours, mais je ne pouvais tolérer de voir ma femme et mon fils mourir pour une cause perdue. Drago est encore jeune, il a toute la vie devant lui, et il a besoin de sa mère.

– Et sa mère aurait été bien suffisante pour l’aider à trouver sa place dans ce nouveau et horrible monde qui se profile. Ne me fais pas l’offense de te cacher derrière ton fils pendant ton procès. Conduis-toi en homme, sois fier d’être un Malefoy, clame haut et fort tes convictions. Les Lestrange sont peut-être des imbéciles, mais leur loyauté aux Ténèbres leur vaudront gloire et honneur éternels. Leurs noms entreront dans l’Histoire.

– Les Lestrange croupissent à Azkaban en attendant que les détraqueurs aspirent leur âme à l’heure qu’il est, répliqua Lucius froidement. Moi, j’ai encore une chance de m’en sortir. Je ne la gâcherai pas pour la vanité de sanctifier mon nom sur les grands registres du Diable. À quoi me servira la gloire si je deviens incapable de reconnaître ma femme et mon fils ? Si je ne peux voir la prochaine génération naître et grandir ? Si je dois choisir entre la vie et l’honneur, cela fait longtemps que mon choix est fait : je préfère mille fois la vie.

Le visage d’Abraxas se froissa d’une explosive stupeur, et il cracha :

– Tu es encore plus lâche que je ne pensais.

– Sauf votre respect, père, je crois qu’à force d’être mort, vous avez oublié le bonheur qu’on peut ressentir à être en vie, et l’instinct qui nous pousse à la conserver à tout prix. Vous oubliez aussi que pour notre Maison, tout est à reconstruire. Nos allégeances découvertes au grand jour ont traîné le nom de Malefoy dans la boue, et il faudra des siècles à notre famille pour reconquérir le respect de la communauté. Je n’aiderai pas Drago à reconstruire son avenir si pendant mon procès, je persiste à clamer mon attachement aux valeurs du Seigneur des Ténèbres.

– Assez ! Cela suffit de te cacher derrière ce garçon !

Sous l’effet de l’emportement, la voix du fantôme devenait de plus en plus aiguë et désagréable à l’oreille humaine, mais Lucius conserva son calme.

– Mon fils n’est pas une excuse, mais la principale raison pour laquelle je souhaite en finir avec tout ça. Ce n’est pas parce que vous n’avez jamais eu un geste d’affection pour moi et que les miens pour Drago soient rares que je ne ressens rien. Je veux pouvoir rester auprès de ma famille pour l’aider à se relever de ce désastre.

– Je ne peux y croire ! Mon héritier n’est qu’un bourses-molles ! Un sombre lâche qui abandonne ses idéaux juste par désir égoïste d’être grand-père ! »

Les yeux gris d’Abraxas roulaient dans ses orbites comme ceux d’un possédé pris de folie. Sa bouche spectrale s’ouvrit sur une jérémiade terrifiante, beaucoup trop puissante pour l’ouïe humaine, et obligea Lucius à se boucher les oreilles. Sans crier gare, le spectre se jeta sur lui. Il le renversa sur la pelouse et ce fut un déluge de coups dans le brouillard blanc épais comme de la poix qui constituait le fantôme de son père.

Tandis qu’il se débattait, Lucius réalisa avec horreur que ce brouillard infiltrait sa bouche et ses narines et commençait à l’étouffer en se condensant à l’intérieur de son larynx.

« Lucius ? Lucius ! »

La voix perçante de Narcissa le sortit brutalement du songe. Il ouvrit les yeux sur les ténèbres de leur chambre et sur le visage pâle et baigné d’angoisse de son épouse qui le surplombait.

Son premier réflexe, sous le regard effrayé de Narcissa, fut de porter sa main à sa gorge que plus rien n’obstruait.

« Lucius, ça va ? Cela fait cinq minutes que tu t’agites.

Il s’écouta respirer un moment en tâchant de reprendre le contrôle de ses battements de cœur frénétiques. La sueur qui recouvrait son corps le collait aux draps.

– Encore ton père ? »

Il opina sans donner de détails. S’il lui disait qu’à présent, non content de l’insulter de cracmol et de lâche, Abraxas le pressait à se sacrifier pour l’honneur de la lignée et le battait parce qu’il refusait, elle n’en fermerait plus l’œil non plus. Lucius ne souhaitait pas la tourmenter davantage. Depuis leur assignation à résidence, un mur d’angoisse s’était dressé entre les époux Malefoy. L’un et l’autre inquiets pour Drago, pour leur propre sort et pour le sort de l’autre, évoluaient séparément dans leur affliction. Leur présence mutuelle constituait un immense réconfort, mais ils ne se disaient pas toutes les affres qu’ils traversaient, toutes les craintes et les alarmes qui tournaient comme des mauvais sorts dans leurs cerveaux.

Narcissa, toujours soucieuse mais respectant son silence, se rallongea tandis que Lucius pensait à la menace qui planait sur eux. Aux bouches béantes des détraqueurs qui peut-être aspireraient bientôt goulûment sa conscience, ses souvenirs et son intelligence.

Il eut soudain l’horrible certitude que ses nuits dans ce lit lui étaient comptées.

Il se tourna vers Narcissa et se serra contre elle. Elle se crispa d’abord sous la surprise, puis se détendit et se lova dans ses bras comme une chatte pendant longtemps négligée qui retrouve le plaisir des caresses. Sa peau douce de femme, fraîche comme l’air d’une matinée d’été, apaisa la sienne, encore brûlante de l’ire paternelle.

Et tandis que le couple se rendormait étroitement enlacé, des bruits de pas dans le couloir indiquaient le passage d’une patrouille d’Aurors. Leurs gardiens et leurs geôliers.

Lucius et Narcissa Malefoy
Lucius et Narcissa Malefoy dans les films Harry Potter

Merci de m’avoir lu ! J’espère que ce premier chapitre vous a plu. Je le dédie à une personne qui a quitté ce monde trop tôt et dont la pensée m’a accompagné pendant toute la rédaction : Shendra, une joueuse de jeu de rôle textuel qui a incarné Lucius à la perfection pendant de nombreuses années sur des forums que je fréquentais.

Les années passent, les souvenirs restent et se subliment.

Chris

⌁☍  Retrouvez ici des textes complets inédits, et mes projets d’écriture et autres extraits de mes travaux en cours. ⌁☍

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8 commentaires sur “Le Procès Malefoy, chapitre 1 [extrait fanfiction Harry Potter]

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    1. Oh ! Mille mercis pour ta lecture et ce retour enthousiaste ! J’ai pris tellement de plaisir à écrire ce texte, savoir que d’autres personnes en prennent à leur tour à le lire me comble. Un plaisir partagé en vaut bien trois 😉

      Maintenant, j’espère que la suite ne décevra pas (enfin, on va d’abord l’écrire et on avisera ensuite :D).

      Merci encore ❤

      Chris

      Aimé par 1 personne

  1. C’est un texte génial 😍 tu ressors tellement d’éléments de la saga qu’on croirait que tu as relu récemment le 7ème tome (je le dis car je relis justement ce tome et j’en suis à la fin). On croirait que c’est Rowling elle-même qui écrit !
    J’ai vraiment adoré le discours entre Abraxas et Lucius et également la façon dont tu décris les états d’âme de Lucius ; au delà du personnage et de la saga, tu écris vraiment sur la complexité de la psychologie humaine. Je pense que Shendra aurait été enchantée par ce texte, dans lequel on ressent également son Lucius.
    Vivement la suite 😍

    Aimé par 1 personne

    1. Figure-toi que je pensais justement relire les tomes pour me remettre en tête les détails sur le Magenmagot et la justice magique ! Mais il y a tellement de livres à lire et si peu d’heures dans nos jours et dans nos nuits 😦

      Très heureux que le texte t’ait plu ! Je dois dire que cette cession d’écriture hors de mon propre univers littéraire m’a rappelé d’excellents souvenirs de jeux de rôles. Et c’est un plaisir de donner la parole à Lucius, personnage que je trouve sur plus d’un point beaucoup plus profond que la plupart de ses collègues. Il mérite largement qu’on s’intéresse de plus près à lui et à tout ce qui l’a conduit dans cette situation…

      La suite viendra, c’est certain, mais je ne suis pas encore en mesure de donner de date. Pour l’instant je travaille à mon roman (Les Ombres de Rome), mais je vais tâcher d’avancer la fanfic en parallèle. Dans le pire des cas, novembre et le NaNoWriMo m’aideront 😉

      Merci pour ta lecture et ton commentaire !

      Chris

      J'aime

  2. Ça fait une éternité que je n’ai pas lu de fanfics, et j’en lisais déjà peu sur l’univers HP à l’époque. Ne me tape pas (^^), mais j’avais la flemme de chercher dans la masse les quelques-unes qui tiraient leur épingle du jeu.

    Bref, tout ça pour dire que ce soir, j’ai eu envie de lire la tienne et j’ai découvert avec plaisir ce premier chapitre. Franchement, tu as une plume exquise, et c’est vraiment très agréable de te lire. J’aime beaucoup le fait que ça parle de Malefoy, c’est un personnage que j’ai toujours trouvé intéressant. Ça me donne envie de relire tous les HP, du coup, ou au moins de revoir tous les films.

    Aimé par 1 personne

    1. Ahah ne t’en fais pas, je ne vais pas taper : puisqu’on en est aux confidences, je peux avouer que je n’en ai jamais lu une seule (sauf si on compte mes 8 années de forum RPG, sorte de fanfiction continue & géante, écrite à plusieurs mains.) Mais je suis exigeant : je veux des fanfics canons, ou au moins crédibles avec la base de la saga. Je sais que cela existe, mais je n’ai pas eu la patience de retourner tout le net pour les trouver.

      Très heureux que le texte t’ait plu et de trouver une autre personne qui apprécie Lucius ! (Mon affection pour lui est souvent incomprise… On se demande pourquoi :lol:) C’est à mon goût l’un des personnages les plus profonds de la saga, déchiré entre l’affection pour sa famille et l’idéologie familiale, entre son devoir envers sa lignée et sa peur de Voldemort… Un personnage si complexe est un régal pour un écrivain !

      Merci pour ta lecture et ton retour ♥ Et bonne redécouverte de la saga si tu te lances ! J’y pense aussi, au moins pour les livres (j’aime moins les films que je trouve incomplets sur trop de points).

      @ bientôt quelque part !

      Chris

      Aimé par 1 personne

  3. Hello !

    J’ai beaucoup apprécié ce premier chapitre. Quel plaisir de se replonger dans l’univers ! Tu as en plus choisi un thème extrêmement intéressant (je suis persuadée que c’est un truc auquel J. K. Rowling a pensé, mais j’avoue que je lis peu Pottermore donc je ne sais pas si elle en a parlé, et je ne lis pas non plus de fanfics en général).

    Je ne trouve pas que ton texte ressemble à un pastiche de J. K. Rowling mais c’est très bien ainsi, tu as ton propre style qui porte ton histoire. Je serai au rendez-vous pour la suite !

    Aimé par 1 personne

    1. Hey ! Merci beaucoup pour ta lecture et pour avoir pris le temps de me laisser un petit mot, j’apprécie ☺ C’est aussi un immense plaisir pour moi de me replonger dans cette saga via l’écriture.

      Connaissant l’individue, Rowling y a certainement pensé. Et je raffolerai de lire ce genre de textes de sa plume d’ailleurs. Mais comme je ne lis pas Pottermore, j’ignore si elle a déjà dit quelque chose à ce sujet… J’hésite à creuser maintenant que je me suis fait ma propre idée de la suite pour les Malefoy. Je pense que je regarderai les éventuels textes existants quand j’aurais mis le point final à la fanfiction, et communiquerai les découvertes si jamais découvertes il y a.

      J’anticipe en te souhaitant bonne lecture pour la suite quand elle paraîtra 😉

      Chris

      J'aime

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