Chronique : Battue ! [témoignage] – Virginie Vanos – Edilivre-Aparis

Bonjour à tous et toutes,

Aujourd’hui, une chronique un peu particulière puisque le livre que je vais vous présenter ( Battue ! de Virginie Vanos) n’est pas un roman, ni une fiction en fait, mais un témoignage, et pas sur le sujet le plus léger qu’on puisse imaginer. Quoiqu’en disent certaines personnes, les violences faites aux femmes font encore beaucoup trop de victimes, et en nettement plus grande proportion que les violences domestiques perpétrées sur des hommes (parce que le patriarcat, parce que le sexisme, bref, je ne vous refais pas tout le topo, mais je recommande vivement les ouvrages de Benoîte Groult pour comprendre les combats féministes).

Quand on parle violences, on pense bien souvent en premier lieu aux débordements physiques, mais les violences psychologiques se taillent elles aussi la part belle dans ces relations toxiques, et j’aurais tendance à les considérer comme encore plus dangereuses. Plus insidieuses, leur preuve est plus ardue à apporter, et leur victime elle-même peut mettre du temps à les identifier.

En m’attaquant à la lecture de Battue !, je m’attendais à lire une histoire difficile. Peut-être pesante parfois au regard du sujet et de la personne qui nous en parle – l’une des premières intéressées, si ce n’est la première, à savoir une victime -, mais j’ai découvert une femme d’une force prodigieuse, dont la plume incroyablement caustique manie l’humour noir avec brio.

Inutile donc de sortir les violons. Oubliez-les et rangez les mouchoirs que vous étiez en train de préparer. Vous n’en aurez pas besoin, promis  !

Pervers-narcissique-qui-est-il-vraiment
Source : http://www.elle.fr/Societe/Interviews/Pervers-narcissique-3009115

Descriptif technique


Lauteure : Virginis Vanos

Date de la première publication : 21/02/2013

Genre : Témoignage

Éditeur : Edilivre-Aparis

Nombre de pages : 230

Résumé de l’éditeur


De septembre 2000 à mai 2002, Virginie Vanos a été violentée. Battue, torturée, humiliée… Mais aujourd’hui, pour rien au monde, elle ne veut rester confinée dans son statut de victime, c’est pour cela qu’elle a choisi de témoigner… avec ironie et un maximum d’humour… noir.

Mon avis


Battue ! m’a rapidement scotché. Si je devais résumer en trois mots l’intérêt de cette lecture, je dirais : témoignage, résistance, humour.

Un témoignage authentique

Ce qui m’a attiré vers cet ouvrage, c’est bien en premier lieu sa nature de témoignage. Battue ! n’est pas une fiction, mais la réalité d’une femme qui a partagé le quotidien d’un pervers narcissique. Un profil psychologique dont on entend beaucoup parler ces dernières années sans savoir si tout ce qu’on peut en lire dans les médias est toujours à prendre pour argent comptant. Quoi de mieux alors que la lecture du témoignage d’une personne qui,  en ayant été victime de l’une de ces personnalités, a pu l’observer de (très, trop) près  ?

Virginie Vanos a vécu suffisamment longtemps avec son diable de compagnon pour que leur vie commune la transforme en l’ombre d’elle-même. On la voit lentement plonger dans l’enfer tandis que son prince charmant reprend peu à peu les traits du tyran déséquilibré qu’il était sous le masque. Et en fait de tyran, il s’agit d’un magnifique spécimen : Sa Magnificence Reza ne supporte pas que sa compagne puisse éprouver le besoin de dormir alors que lui même est insomniaque, ou de pratiquer des activités qui la rendent heureuse, comme le théâtre. Après tout, elle l’a lui, alors de quoi d’autre d’autre pourrait-elle avoir besoin ? Et puis Il n’aime pas quand elle s’en va. Il n’aime pas qu’elle le laisse seule. Il se sent abandonné et se persuade qu’elle le trompe avec le tout-venant.

La lecture de Battue ! m’intéressait à double titre : personnel tout d’abord, puisque je suis toujours heureux d’approfondir ma connaissance de n’importe quel sujet, et professionnel ensuite. En effet, certains des personnages de mes histoires vivent eux aussi des situations difficiles auprès de compagnons•gnes destructeurs•trices, et l’étude du réel est toujours une excellente chose pour renforcer la crédibilité d’un travail d’auteur•e.

L’ouvrage de Virginie Vanos a réussi à combler les attentes du lecteur et de l’auteur. Même s’il s’agit d’une expérience particulière parmi la variété de formes que peuvent prendre les relations toxiques, Battue ! en dit long sur le fonctionnement de ces duos infernaux : entre humiliations systématiques, culpabilité, et des moments de faux calme où le pervers narcissique endosse le rôle de la victime pour attendrir la sienne quand il sent planer la menace d’une rébellion…

Le témoignage de Virginie est riche et je l’ai trouvé d’autant plus intéressant qu’il ne se livre pas comme un témoignage ordinaire. On sait que l’histoire qui nous est contée est (malheureusement) vraie et (malheureusement bis) loin d’être un cas isolé. Mais il y a dans la manière de raconter quelque chose qui vous scotche et vous tient rivé•e au récit avec la même haleine que si Virginie avait été l’héroïne d’une histoire dont vous voudriez à tout prix connaître l’issue.

La fin n’est pourtant pas ici l’enjeu principal puisque l’auteure a nécessairement surmonté l’épreuve pour pouvoir en témoigner ensuite, mais le style vif, acerbe voire corrosif donne au texte une couleur particulière. L’écriture est bourrée de références culturelles et l’humour pétille partout. Parfois (souvent) noir, certes, mais tellement vivant, tellement léger et bienvenu dans ce contexte lourd ! Le ton décalé du texte constitue d’ailleurs l’un de ses principaux atouts.

On range mouchoirs et violons et on sort le vitriol

Le résumé n’a pas menti : c’est bien avec humour noir que l’auteure dépeint la situation dramatique qui a été la sienne et brosse le portrait de son bourreau et le sien. Car Virginie Vanos ne s’épargne pas non plus. Elle porte sur la personne qu’elle a été un regard incisif, lucide, sans commisération. À aucun moment son ton ne vire au mélodrame. Elle n’essaye pas de se faire plaindre auprès des lecteurs•trices, elle se décrit et décrit ses réactions de l’époque avec des mots pas toujours tendres, mais des mots vrais, des mots qui interpellent et nous accrochent.

Cette écriture sans fard, qui raconte sans chercher à valoriser la narratrice au détriment de l’antagoniste, Sieur Reza, donne encore plus de puissance et d’authenticité au texte.

La dérision avec laquelle Virginie tourne son expérience et son bourreau les vide peu à peu de leur substance mortifère sans pour autant minimiser ce qu’elle a vécu. Nous gardons à l’esprit l’aspect dramatique de la situation sans que l’accent soit mis là-dessus. Et de l’humour, il en faut pour supporter la vision de certaines exactions rapportées par l’auteure. Des situations parfois si absurdes qu’il est difficile de concevoir leur réalité… Empêcher quelqu’un de dormir est une torture tristement classique me diront certain•e•s, et je veux bien reconnaître que ce soit vrai dans certains contextes (les interrogatoires de la SS dans l’Allemagne Nazie), mais entre conjoint•e•s… C’est une cruauté qui me dépasse. Et ce n’est pas la seule à laquelle Virginie a dû faire face !

La soif de vivre qu’elle semble posséder aujourd’hui force l’admiration.

Résistance et espoir

Il est pour moi d’autant plus réjouissant que Virginie ait osé écrire ce témoignage qu’elle a fait preuve d’une extraordinaire résistance dans les épreuves que lui réservait son infect compagnon. Comme on la voit s’abimer lentement dans les ténèbres jusqu’à la tentative de suicide, on la voit se ressaisir à partir du moment où elle est soutenue par sa famille, et remonter de l’enfer à la force des poignets. C’est même elle qui, apprenant à disséquer le mode de fonctionnement de Reza, finit par le piéger et lui donner une leçon ! (qui n’a certainement rien changé à ce qu’il est, mais qui lui a sans doute fait beaucoup de bien à elle).

L’entrée en résistance de Virginie et sa victoire portent un formidable message d’espoir à toutes les personnes qui se trouvent engagées dans une telle relation et à leurs proches. Car pour les proches aussi, l’épreuve peut-être terrible. J’imagine comme il doit être horrifiant de voir un être cher dépérir sans parvenir à lui faire entendre raison sur la toxicité de sa relation, sans parvenir à l’arracher au déni dans laquelle les agissements du•de la conjoint•e manipulateur•trice le placent… Certaines victimes donnent même raison à leur bourreau et coupent les ponts avec leur famille par volonté de « protéger leur couple ».

Avec Battue !, c’est un témoignage décapant que nous livre avec style Virginie Vanos. Un témoignage qui souligne l’art de la manipulation chez les personnalités toxiques et la détresse de leurs victimes, mais qui montre aussi qu’on peut leur échapper. La destruction qu’ils induisent chez les autres n’est pas une fatalité.

Extraits


– Un petit joint, mon cœur ?

Bien que je n’avais jamais été fan de ce genre de pratique auparavant, c’est avec joie que j’acceptai le pétard qui me fut prestement tendu. Le lendemain matin, après une nuit infiniment coïtale, j’avais mal partout, et surtout à la tête. En effet, les huit pétards que nous avions fumés ensemble nous avaient certes mené à un rapprochement physique fort attendu par les deux parties (maintes fois répétés, comme mon dos endolori pouvait en témoigner), mais j’avais ni plus ni moins l’impression d’être passée sous un train. Les pensées ne s’alignaient plus de façon logique et la vue de mon propre reflet dans la glace me fit l’effet d’une bombe. D’ersatz de sous-sosie de Marilyn Monroe, je m’étais transformée en loque vivante, et ce, en moins de quinze heures. Impressionnant. Mais comme j’étais amoureuse, une seconde tête aurait pu me pousser sous l’aisselle droite, cela ne m’aurait fait ni chaud ni froid.

La seconde nuit ressembla en tout point à la première. La troisième aussi. Et pour varier les plaisirs, ni la quatrième, ni la cinquième ne différèrent en rien. Mes parents, fous d’inquiétude de me voir découcher cinq nuits d’affilée, me téléphonaient deux fois par jour pour savoir quand je rentrais (les remarques obscènes et injurieuses de Dimitri ne contribuant pas à les apaiser). Je finis par les calmer en leur jurant mes grands Dieux que j’allais rentrer en bercail au plus tard le surlendemain. Pour ma part, c’était un tout autre souci qui me préoccupait. Bien entendu, je n’avais que faire de ma tête de moineau déglingué, c’était plutôt l’aspect physique de Reza qui commençait à devenir nettement alarmant. Durant ces cinq jours, outre les joies de certains chapitres méconnus du Kama Sutra et le récit de son enfance misérablement malheureuse dans un palais de marbre à l’est de Téhéran, j’appris une nouvelle stupéfiante au sujet de mon tendre et délicieux nouvel amour. Visiblement, il souffrait, en plus de son diabète, d’une affection dont j’ignorais jusque-là l’existence : l’allergie à l’eau et au savon. A la simple évocation de la seule possibilité d’un passage sous la douche, ses yeux devenaient rouges et larmoyants, sa respiration se faisait à la fois plus légère et plus saccadée, et il se mettait à râler. Pas de doute, vu les symptômes, il y avait toutes les chances que je sois en présence d’un emphysème obstructif systématisé secondaire, que la seule évocation d’agents nettoyants devait réveiller. Et cette maladie, probablement orpheline, commençait à faire de sérieux ravages.

*****

Surtout ne pas penser, surtout oublier les êtres chers que je laisse derrière moi, et surtout ne rien dire sur mon suicide raté. Pour tout l’or du monde, je n’aurais voulu accorder à Reza ce dernier pouvoir dont il n’aurait pas manqué d’user afin de m’achever.

Reza me demanda si j’allais bien, je lui répondis que j’étais dans une forme épatante. Il me demanda si mon réveillon de la Saint-Sylvestre fut à la hauteur de mes espérances, je lui répondis que la fête avait été merveilleuse et que j’avais eu la chance de rencontrer la formidable nouvelle copine de mon frère. Visiblement, ce n’était pas les réponses auxquelles il s’attendait. Nous étions à peine de retour chez lui qu’il se mit à boire comme un trou. De la vodka, et directement à la bouteille, s’il vous plaît ! Il avait, apparemment, envie de varier les plaisirs. De camé aux drogues douces, il semblait vouloir goûter aux multiples allégresses qu’offrait la condition d’alcoolique. Je ne mouftais pas. Tout en continuant à boire, il me jetait des petits regards rapides du coin de l’œil. Parfait : j’étais désormais considérée comme une prisonnière sous haute surveillance. J’attendais de pied ferme qu’il m’intime l’ordre de m’enivrer avec lui. Bizarrement, ce moment ne vint pas. De plus en plus gris, il se mit à divaguer sur plein de sujets dont je n’avais strictement rien à foutre. Il déconna tour à tour sur la vie, la mort, l’amour, le sens de l’honneur, le patriotisme, et sur les relations ambiguës entre Tintin et Milou.

Aucun son ne sortait de ma bouche. Je restais prostrée, à attendre que quelque chose se passe. Tant qu’il débloquait sur des sujets complètement bateaux, il m’était facile de rester coite. Par contre, je ne pus me retenir quand il finit par s’approprier des citations dont l’auteur n’était pas Sir Reza Shariati en personne.

– « Je ne fais pas cela par vice, je le fais pour avoir du plaisir. »

– Ce n’est pas de toi, cela…

– Mais si, bien sûr, qu’est-ce que tu vas imaginer ? Tu me prends pour un âne ?

– Je te rappelle que ma mère est prof de philo. Ta belle phrase, c’est une citation de Louis Scutenaire. Tu veux sa biographie ?

Vlan ! La baffe arriva en un temps record. Je ne m’effondrai pas. Je levai la tête et le regardai de mon air le plus méprisant. Il sembla comme interloqué par ce regard. Forcément, je ne l’avais guère habitué à une telle hargne muette qui devait sans doute signifier pour lui une tentative de rébellion.

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Source : http://www.kinesiologie-marseille.com/qui-sont-les-pervers-narcissiques/

Merci de m’avoir lu, et à bientôt pour de nouvelles chroniques !

Chris

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