Rencontre avec Isabelle B. Price, co-fondatrice des éditions Reines de Cœur et auteure

Bonjour à tous et toutes !

Il y a quelques semaines, j’ai découvert avec bonheur l’existence de Reines de Cœur, maison d’édition spécialisée en littérature F/F (femelle/femelle : histoires mettant en scène une relation entre femmes). Pourquoi, « avec bonheur » ? Parce que :

– Je m’étais justement fait la réflexion quelques jours auparavant que les histoires F/F étaient très discrètes par rapport à leurs homologues M/M (Mâle/Mâle du coup hein, je précise pour celleux qui auraient les neurones paresseuses), et que je n’en connaissais pas.

– On a JAMAIS assez de représentations LGBT+.

– Ces éditions publient de la littérature lesbienne ET fantastique. Double jackpot !

J’ai été immédiatement séduit par l’engagement des fondatrices de Reines de Cœur pour la défense et la reconnaissance des littératures lesbienne et fantastique comme de vraies littératures, alors j’ai sollicité l’une d’entre elles pour en discuter plus longuement.

Place donc à Isabelle B. Price pour parler littérature lesbienne et monde de l’édition !

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Logo de Reines de cœur. Source : https://www.reinesdecoeur.com/

Chris Bellabas : Bonjour, Isabelle, et merci d’avoir accepté cette interview. Pouvez vous vous présenter et présenter les éditions Reines de Cœur en quelques mots ?

Isabelle B. Price : Nous sommes trois co-créatrices des éditions Reines de Cœur. Edwine, Gaëlle et moi. Nous nous sommes rencontrées il y a plusieurs années, car nous étions toutes bénévoles sur le site Univers-L.com que j’ai créé lorsque j’avais une vingtaine d’années. Nous avons beaucoup disséqué la culture lesbienne à travers les films, séries, livres etc. quand nous avions une boulimie de représentation.

Les années passant, nous avons trouvé qu’il nous manquait, au niveau littéraire, la diversité dont disposent par exemple les anglophones. Nous avons donc décidé de créer la maison d’édition Reines de Cœur pour publier des livres qui nous ressemblent et donner la parole à de jeunes autrices sur lesquelles peu de maisons d’édition misent en temps normal. Nous voulions apporter une autre voix et notamment donner leur chance à des histoires fantastique ou de science-fiction parce que c’est ce que nous avons toujours aimé. Oui, on est des geeks toutes les trois.

La maison d’édition était d’abord entièrement numérique et, face à la demande de certaines lectrices, nous avons décidé de publier également les romans au format papier. Nous avons aujourd’hui publié 15 romans dont 9 en papier et proposons plusieurs collections : fantastique, science-fiction, romance, littérature et bientôt policier.

Quelle place occupe aujourd’hui la littérature LGBT, et particulièrement lesbienne, dans le monde de l’édition ?

Cette question est toujours difficile, je trouve. En termes d’édition, chaque grand groupe est différent et chaque pays également. Si nous nous intéressons uniquement à l’aspect francophone, la littérature lesbienne reste un marché de niche. C’est-à-dire avec un public touché très restreint. On le voit d’ailleurs avec les maisons d’éditions lesbiennes francophones historiques comme KTM Éditions et Dans l’Engrenage. Les sorties sont au maximum de à 4 ou 5 titres par an et la portée est limitée. Pour diminuer le risque de « mauvaises ventes », ces maisons d’édition se tournent souvent vers des histoires qui ont fait leur preuve en version anglaise et proposent des traductions.

Au-delà de cet aspect de niche, vous avez de très grandes autrices, à l’heure actuelle, qui font vendre en proposant des histoires d’amour entre femmes comme Sarah Waters. En France, Sarah Waters est publiée par Denoël, mais pareil, l’éditeur sait d’avance que l’histoire va plaire comme à la base, des millions d’exemplaires se sont déjà écoulés en langue anglaise. On est donc dans une sorte de limitation de la prise de risque en choisissant des auteurs qui se vendent à l’étranger et en copiant le modèle chez nous. Après certaines maisons d’édition tentent ces livres, mais cela reste rare, avec une passion pour le côté biographique.

Sinon, je pense qu’il y a un renouveau qui vient de la jeune génération. Les nouvelles plateformes permettent de publier des histoires lues par un public qui aura cherché ce qu’il est venu trouver. Des jeunes autrices se retrouvent avec des lecteurs réguliers qui se passionnent pour des histoires sortant des sentiers battus. On a d’ailleurs noté que ces nouveaux lecteurs préfèrent utiliser F/F pour Female/Female et M/M pour Male/Male afin de définir la relation centrale d’une histoire. Il y a une sorte d’ouverture plus large que d’utiliser les termes lesbiens. Vous pouvez dans ces histoires avoir une relation entre deux femmes où aucune des deux ne va se considérer comme lesbienne, à aucun moment

Je trouve cette idée d’une relation entre deux femmes dont aucune ne se considère comme lesbienne (pas encore croisée dans mes lectures) vraiment intéressante ! Cela peut faire réfléchir le lecteur ou la lectrice à la surprise que peuvent causer l’Amour ou le désir en débarquant sans crier gare, et en vous faisant tirer la langue pour une personne qui a priori n’entrait pas dans vos critères, n’était pas « votre style ». Ce doit être plus courant qu’on ne pense avant que ça nous arrive !

À vous qui êtes une convaincue de la cause LGBT, je vais donner l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, mais disons-le une bonne fois pour toutes pour les personnes non LGBT qui se poseraient encore la question : en quoi est-ce important d’avoir des personnages appartenant à des minorités dans les arts ?

À prouver aux LGBT+ qu’ils existent, qu’ils méritent de vivre ! Je sais, ça peut paraître incompréhensible pour beaucoup et l’identification est quelque chose de difficile à appréhender, mais c’est indispensable.

Pour partir sur un exemple, le mien est pas mal. Je suis née et j’ai grandi au Puy-en-Velay. Une ville de moins de 20 000 habitants, perdue au cœur de la Haute-Loire, dont elle en est cependant la capitale. C’est la ville quand même, ne nous mentons pas, à côté j’avais des amies qui venaient de village de quelques centaines de personnes. J’ai grandi en me sentant différente, sans comprendre pourquoi je me sentais toujours en décalage. J’avais des idées stupides qui me venaient à l’esprit, peut-être que j’avais été adoptée pour être aussi mal à l’aise (même si ça n’avait aucun fondement) ou que j’étais une extra-terrestre dans un corps d’humaine [j’ai toujours eu beaucoup d’imagination, j’avoue]). Il n’empêche que j’étouffais, que je souffrais et que je ne savais pas pourquoi. La représentation LGBT+ était inexistante dans ce que j’avais à disposition. Pensez-vous, le Puy-en-Velay est le départ du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Ça vous parle en termes de degré de catholicisme visible et disponible ?

J’ai grandi sans avoir de vision des LGBT+. Comme s’ils n’existaient pas. La souffrance qui en a découlé a été énorme. Et je pense que c’est pour ça qu’il m’a fallu autant de temps pour accepter le fait que j’étais homosexuelle. Tout ce qui m’entourait n’était qu’hétérosexuel et catholique. Personnellement, j’étais à des années lumières de tout ça et ça prouve combien il est important d’offrir des personnes différentes. Les LGBT+ doivent être présents dans les films, les séries, les livres, comme ils ne sont dans la vraie vie. Même s’ils ne sont qu’une minorité aux environs de 10 %, ils doivent être là. Pour rassurer les jeunes qui se posent des questions, celles et ceux qui sont encore dans le placard de peur de souffrir et de se mettre leur famille, leurs collègues, leur entourage à dos.

Et au-delà des jeunes, on a tous besoin d’identification et de pouvoir se retrouver dans des personnages qui nous ressemblent.

J’ai lu sur votre site que les questions de coming-out étaient encore très souvent abordées dans les livres Lesbiens/Gays comme la clé de voûte d’une intrigue ou d’un personnage. Or, même si cela reste évidemment une étape importante dans la vie de certaines personnes, les mentalités évoluent et vous trouvez réducteur de se focaliser exclusivement sur ce thème-là. En tant que lectrice et éditrice, quelles autres thématiques aimeriez-vous voir apparaître dans les romans F/F ?

J’adore cette question, vous allez me détester, je vais vous saouler !

Être une femme LGBT+ c’est avoir deux raisons de ne pas exister. C’est être une femme dans une société encore ouvertement patriarcale et être LGBT+ dans une société hétéronormée. Ce que nous voulons montrer dans nos histoires c’est qu’on peut être tout cela et vivre une vie palpitante.

Nos héroïnes ne sont pas arrêtées par leur condition de femme. Cela importe peu d’ailleurs, ce qui fait qu’elles ont souvent une carrière qui n’est pas limitée. Elles peuvent être actrices, pianistes, militaires, pilotes de vaisseaux spatiaux, anges ou démons, vampires ou louves-garoues, secrétaires, barmaids, journalistes, infirmières, médecins, etc. Elles ont travaillé, se sont battues et ont réussi à faire ce qu’elles souhaitaient professionnellement.

Et ce qui est génial, c’est qu’elles ne sont pas seulement homosexuelles ou bisexuelles. Elles peuvent être bordéliques ou au contraire hyper maniaques, trouillardes ou courageuses, têtes brûlées ou cérébrales, de mauvaise foi quand il le faut, hyper protectrices de celles et ceux qu’elles aiment, secrètes ou extraverties. Bref, nous ressembler dans nos meilleurs comme nos pires moments. C’est ce que nous avons voulu dire quand nous avons expliqué que nous ne voulions pas que le coming-out soit au cœur de nos romans.

La question de la prise de conscience de sa différence et la peur de le dire et de vivre ouvertement se retrouvent dans certains ouvrages. Mais, dans leur ensemble, nos héroïnes sont plus que cela. À un moment donné de leur vie elles aiment une femme, ont des ex. Très bien, comme dans la vie réelle, cela n’enlève rien à ce qu’elles sont et ça ne rajoute rien non plus. C’est un détail au même titre qu’elles sont blondes ou brunes. Cette banalisation est une bouffée d’air frais. Quand vous lisez nos ouvrages, vous savez que vous allez vous évader et qu’à un moment donné vous allez vous retrouver dans un ou plusieurs personnages. C’est ce qui est magique.

Personnellement, je suis une fan de fantastique et de science-fiction. Mais ça c’est moi, vous feriez une interview de mes associées, Gaëlle ou Edwine, elles ne vous répondraient pas la même chose. Seulement moi, j’adore ça. J’adore l’idée de vampires, sorcières, lycans qui soient des femmes qui aiment des femmes et vivent des histoires de dingue pour protéger leurs espèces, se défendre et/ou juste avoir le droit de vivre. Et puis en plus vous pouvez mettre de l’action avec la romance, des batailles de dingue, etc. Je m’emballe un peu.

Pareil, j’aime la SF. On vient de sortir Anveshan qui est exactement le genre de livre que j’aurais aimé lire à 17-18 ans. On suit plusieurs personnages très différents les uns des autres, il y a une humaine qui est mécanicienne, une extra-terrestre qui lit dans les pensées et qui dirige le centre culturel, une extra-terrestre pilote de vaisseau spatial qui est aussi une rebelle, une commandeur et premier officier de vaisseau qui va se faire kidnapper et tout tenter pour sauver les personnes sous sa responsabilité, etc. Il se trouve que ces femmes vont tomber amoureuses d’autres femmes au détour de l’histoire sans que cela pose le moindre problème et c’est juste fantastique. C’est magique.

J’avoue, j’aimerais lire et publier encore plus de tout cela !

Voyez-vous des différences dans le traitement des histoires F/F entre les auteures francophones et anglophones ? (certaines thématiques sont-elles plus abordées d’un côté ou de l’autre ?) [si la question n’est vraiment pas évidente ou que vous n’avez relevé aucune différence notable, vous avez bien sûr droit au joker !)

Je pense que l’expérience anglophone est plus importante que l’expérience française dans l’écriture des histoires F/F et que le traitement s’en ressent. Déjà, en France, on a une très haute opinion de la littérature. On ne va pas se mentir, il y a un côté un poil élitiste dès qu’il est question d’écriture. Il y a des années, pour avoir une chance d’être édité, il fallait que vous ayez un style exceptionnel et que votre livre soit superbement rédigé. A ce titre, certains genres étaient peu considérés et rabaissés comme la romance et la science-fiction, les deux étant régulièrement moqués.

Je pense que cela a longuement été un frein au développement de ces genres en France. Le F/F en a souffert. Parmi les premiers romans F/F que j’ai lus certains m’ont laissé avec le sentiment que la forme importait plus que le fond. Le fond justement était parfois gorgé de désespoir, de souffrance et/ou de mort.

Du côté anglophone, sans que je ne sois une spécialiste du genre non plus, j’ai l’impression que le développement de la littérature F/F a été plus rapide, sans barrières. Comme si le fait de se lancer dans une littérature déjà « sous considérée » offrait une liberté de ton et d’histoire bien plus large. Le fantastique, la science-fiction, le policier sont des genres plus développés avec des autrices qui donnent le sentiment de ne pas avoir de limites.

Même dans les romances cela se ressent. En France, on tourne quand même beaucoup autour de la découverte de l’homosexualité, de sa propre acceptation ou de celle de son entourage. Dans la littérature anglophone, même si ce sujet est toujours traité, on a depuis des années des histoires qui abordent des sujets comme les différences de milieu, la notion de classe sociale, l’écart d’âge, les relations longues distance etc… Rien que cela montre une diversité que nous sommes loin de posséder, même si on se bat pour changer les choses ! 😉

Vous nous avez parlé de votre goût pour le genre fantastique. Toujours en consultant le site des éditions Reines de Cœur, j’ai pu lire que vous regrettiez que ce genre soit « considéré comme moins sérieux et moins légitime » que d’autres. J’ai moi aussi constaté qu’il souffrait d’une mauvaise image auprès des universitaires et d’une certaine catégorie de lecteurs•trices – celle qui ne jure que par le « réel ». Je trouve étonnant que le genre fantastique puisse encore être considéré comme de la « sous littérature » après le succès de tant de chefs d’œuvres passés ou contemporains qu’il a inspirés. Comme Dracula de Bram Stocker, Frankenstein de Mary Sheller, Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, Les Chroniques des Vampires d’Anne Rice – pour ne citer qu’eux -, tous originaux, innovants et d’un style virtuose.

Pensez-vous que nous puissions renverser la vapeur un jour ? Quel message voudriez-vous faire passer aux détracteurs du genre fantastique ?

Je suis une personne profondément optimiste donc je vais vous dire que je suis persuadée que les choses sont en train de changer. Je pense que la vapeur s’inverse, notamment auprès d’une partie du jeune public qui se soucie moins des apparences. Il y a toujours cette notion que c’est valorisant, chic et noble de lire des romans dont on voit la publicité partout et qui ont reçu de nombreux prix. Cependant, avec l’émergence de petites maisons d’édition spécialisées, le développement de l’auto-édition et la multiplicité des sites gratuits où suivre des auteurs, certains lisent ce qu’ils aiment en se moquant de l’omniprésence et de l’homogénéité.

L’offre n’a jamais été aussi vaste et c’est une chance. Il y a de plus en plus de maisons d’édition qui osent le fantastique et la science-fiction et c’est tant mieux !

Je n’ai pas grand-chose à dire aux détracteurs du genre. J’ai souvent l’impression que l’on descend le fantastique pour de mauvaises raisons, dont l’élitisme culturel français. Juger sans connaître ni savoir est facile et je trouve cela dommage. Après tout, la catégorie « fantastique » est large. Aujourd’hui, elle compte des romans exceptionnels à la limite entre le fantastique et la fantasy, la fantasy urbaine ou la bit-lit par exemple.

Sur quels critères vos associées et vous jugez de l’intérêt d’un manuscrit ?

Il est toujours difficile de répondre à cette question car il s’agit d’un tout. On porte attention au style sans pour autant que ce soit tout. Par exemple, nous avons sorti les romans de jeunes autrices dont l’écriture mûrit et évolue à chaque roman. Donc nous ne sommes pas à la recherche de styles vraiment parfaits et arrêtés. Il faut que quelque chose nous interpelle et nous plaise dans un style. L’humour, l’autodérision, l’action, chacune à ce petit quelque chose qui nous a touché.

L’histoire est très importante aussi. Sans révéler un secret d’État, si vous tuez la seule lesbienne du bouquin à la fin, il va falloir sortir les rames pour arriver à nous convaincre de l’intérêt de votre bouquin. Pas que ce soit absolument rédhibitoire, par exemple nous venons de lire et d’adorer une nouvelle dont l’une des deux jeunes femmes décède à la fin pour protéger sa compagne, mais il faut vraiment que cette mort soit justifiée. On ne supporte plus les morts faciles pour éviter d’avoir à gérer l’avenir et le futur de personnages LGBT comme le « bury your gays » syndrome si vous connaissez.

Enfin au-delà de cette question, nous devons être captivées comme les futures lectrices et avoir hâte de tourner les pages. Une romance doit donc contenir son lot de disputes, tensions et séparations pour nous captiver. Un livre fantastique doit jouer d’un univers et de retournements que nous n’avions pas prévu. Un policier doit nous vendre de la peur et du suspense, etc.

Quels conseils donneriez-vous aux auteur•e•s qui souhaitent écrire de la F/F ?

Mon conseil principal est d’écrire ce que vous aimeriez lire. Je pense que c’est le meilleur des moteurs.

Pour aller plus loin, le fait que ce soit deux femmes n’est pas obligé d’entrer immédiatement en ligne de compte. Vous pouvez définir deux personnages et ensuite vous dire « Oh, et si c’était deux femmes. » mais ne pas forcément imaginer que ce soit le cas dès le départ. L’important réside avant tout dans leurs qualités, leurs défauts, leurs aspirations etc.

Et puis prendre du plaisir. Après tout c’est le plus important, non ? Se faire plaisir en écrivant, aimer les personnages, les situations dans lesquels on les place en les forçant à se révéler. L’intérêt de la littérature en général, au-delà du côté F/F.

Je pense qu’aujourd’hui, les gens, dans leur majorité ont intégré qu’un couple de femmes ne joue pas forcément sur les oppositions. Pas besoin d’une forte et d’une faible, d’une grande et d’une petite, d’une dominante et d’une dominée etc. En sortant des stéréotypes et de ces idées préconçues peuvent naître de magnifiques personnages.

Vous êtes vous-même autrice et éditrice. Vous faites donc mentir le cliché qui veut que les éditeurs•trices soient des écrivain•e•s raté•e•s ! Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous actuellement en tant qu’autrice ?

On est un peu contre les clichés dans l’équipe ! (rires) Actuellement, Edwine (qui est l’une des associées de l’équipe) et moi travaillons à la suite de l’Héritage du Pouvoir – Retrouvailles. Nous avons imaginé cette histoire comme une trilogie dès le départ. Il s’agit d’une sorte de Charmed avec des sorcières lesbiennes et bisexuelles. Elles ont des pouvoirs, mais doivent se cacher, car elles sont pourchassées et sont aidées dans leur quête de survie par des Protecteurs. Dans le tome 1, notre héroïne, Julianne, retrouvait sa protectrice, Sara après avoir tout fait pour qu’elles restent séparées dans le but de protéger la jeune femme.

Là, nous sommes à la moitié de l’écriture du second tome seulement nous n’avançons pas aussi vite que prévu. Comme nous avons de plus en plus de manuscrits qui nous sont soumis nous avons fait passer ceux-ci en priorité. Nous ne désespérons cependant pas d’arriver au bout des romans très bientôt.

Pourrons-nous retrouver les éditions Reines de Cœur dans certains salons/événements littéraires cette année ?

Oui tout à fait ! Déjà, il y aura le salon du livre lesbien à Paris le 7 juillet 2018. Edwine, Gaëlle et moi seront présentes avec 6 autrices : Axelle Law qui dédicacera son roman Blood Moon – L’éveil, Fanny Mertz pour Aimer n’est pas Jouer, Johanna David signera Sacrifices qui sortira dans quelques jours, Lena Clarke sera présente avec son nouveau roman New Heaven, Virginie Rousseau dédicacera Journal d’une Confidente et Sylvie Géroux sera là avec son dernier livre de science-fiction, Anveshan.

Le 14 octobre 2018, les éditions Reines de Cœur seront présentes au salon du livre d’Attignat, en compagnie de Fanny Mertz et Johanna David.

Et nous aurons certainement un autre salon à la fin de l’année, mais nous ne pouvons en dire plus pour le moment.

On termine sur des questions un peu plus personnelles 😉 Quels sont vos trois livres F/F préférés ?

C’est horrible, à chaque fois je redoute ces questions. Je sais que cela parait très simple seulement c’est juste terrible pour moi de choisir trois livres dans ceux que j’aime. J’ai l’impression d’abandonner tous les autres. Je trouve que c’est un déchirement à chaque fois. Alors dans le désordre et en m’excusant d’avance auprès de tous les autres que je ne pourrais pas citer. Et on est d’accord que pour rester honnête et ne me mettre aucune des autrices avec qui nous travaillons à dos, je ne citerai aucun roman de la maison d’édition même si cela m’arrache le cœur !

Willowra de Kadyan. Cette autrice est incroyable et je suis absolument tombée sous le charme de cette histoire lors de ma première lecture. Ce roman fait partie de ceux que je conseille régulièrement. Tout est réuni pour nous captiver, les deux histoires en une, le dépaysement (puisque l’action se situe en Australie) et des personnages forts et haut en couleur.

Le Pacte du Sang d’Ali Vali et les deux suites. Parce que cette autrice originaire de Cuba a réussi un défi incroyable. Elle a réalisé l’un de mes rêves en mettant une femme à la tête de la mafia. Une femme lesbienne qui a eu des enfants avec une femme qu’elle a aimée et qui l’a quittée. Tout en tentant de s’occuper au mieux de sa progéniture, elle gère le business familial d’une main de maître. C’est juste superbe comme série.

Tête Brûlée de Gerri Hill parce que Gerri Hill est pour moi l’une des meilleures autrices de policier lesbien. Elle arrive parfaitement à doser enquête et romance. Son style est fluide, efficace et à chaque fois, je suis captivée par ce qu’elle écrit. Le premier de la série est pour moi le plus réussi. Après, elle a triché un peu en reprenant la même histoire et en changeant juste les personnages. Mais ce roman est tout ce que j’aime.

Le choix a été cornélien et je regrette de ne pas avoir cité Raddclyffe qui écrit des romances superbes et qui, en tant qu’ancienne chirurgienne, excelle dans les histoires lesbiennes et bisexuelles qui se déroulent à l’hôpital. Mais je m’arrête, je m’arrête ! Je sais que sinon vous allez me détester.

Si vous étiez l’héroïne d’un roman, qui seriez-vous ?

Ça c’est dur aussi comme question ! Parce qu’il y a celle que je serai vraiment et celle que j’aimerai être et donc cette personne que j’essaie de devenir un peu plus chaque jour en vieillissant.

J’ai réfléchi longtemps mais en toute sincérité, je ne sais pas. J’ai toujours été du genre timide et ce n’est pas pour rien que j’aime m’évader dans les livres ou les films et me cacher derrière mon ordinateur. Donc je botte en touche.

Souhaitez-vous rajouter quelque chose ? 😀

Merci d’avoir pris le temps pour cette interview. Nous avons parcouru votre blog avec les co-fondatrices de Reines de Cœur, et nous aimons beaucoup votre vision de la littérature et ce que vous faites. Le travail de blogueur•se n’est pas évident dans le sens où il est peu reconnu et souvent mal considéré, mais il est essentiel pour offrir des regards différents sur ce qui est accessible aujourd’hui. Merci donc d’avoir voulu parler de nous et longue vie à la littérature F/F !

Merci beaucoup, Isabelle – ainsi qu’à vos consœurs ! C’est grâce à des gens comme vous que nous blogueurs•ses prenons tant de plaisir à faire ce que nous faisons, peu importe les difficultés ! Merci beaucoup pour cet échange passionnant, et longue vie à Reines de Cœur !

DRAPEAU LESBIEN

Merci d’avoir lu cette interview. Connaissiez-vous Reines de Cœur ? Avez-vous des romans lesbiens à conseiller ?

@ bientôt pour de nouvelles rencontres passionnantes 😉

Chris

PS : si vous avez des questions particulières sur l’écriture, le monde de l’édition, un métier du livre et de l’Écrit, communiquez les moi et je tâcherai de trouver l’invité•e idéal•e pour y répondre !

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4 commentaires sur “Rencontre avec Isabelle B. Price, co-fondatrice des éditions Reines de Cœur et auteure

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  1. Super interview !
    C’est passionnant, cette idée que les anglo-saxons abordent des thèmes plus divers parce qu’ils peuvent se le permettre. Je ne connais pas bien la littérature lesbienne mais en tant qu’hétéro, je regrette profondément que la SF, la Fantasy, et même la littérature blanche, ne présentent pas plus d’homosexuels dans leurs personnages (c’est valable aussi pour les gens de couleur, les handicapés…). En fait je trouve ça dingue qu’encore aujourd’hui, il faille distinguer cette littérature des autres. Est-il vraiment si incroyable d’imaginer un roman « grand public » où l’un des personnages serait LGBT+ sans que ce ne soit une caractéristique étonnante ?

    Aimé par 1 personne

  2. (Merci. En plus d’être sympathique, Isabelle B. Price est passionnante !)

    Je rejoins ton avis : c’est incroyable qu’en 2018, l’orientation sexuelle d’un personnage puisse encore être vue comme un élément caractéristique super important de sa personnalité, alors que ce ne devrait être qu’un détail. On ne fait pas tout un foin de découvrir l’hétérosexualité d’un personnage, et comme tu dis, ça ne choque personne d’en voir dans les œuvres « grand public », même pour enfants… Alors qu’un personnage gay, même édulcoré, ça fait crier au scandale – cf le remake Disney de La Belle et la Bête, avec le personnage du fou => https://www.nouvelobs.com/rue89/sur-le-radar/20170426.OBS8586/personnage-gay-dans-la-belle-et-la-bete-s-en-plaindre-est-criminel.html.

    Et je ne te parle même pas des trans et autres oubliés du spectre LGBTI+. Le chemin est encore long… Mais nous poursuivrons notre route \o/

    Merci pour ton soutien à la visibilité des minorités ignorées et pour ton passage !

    Chris

    J'aime

    1. Au-delà de ça, j’avoue que ce qui me manque beaucoup, c’est des représentations de l’asexualité. On vit déjà dans une société hyper sexualisée alors ce serait bien, parfois, de croiser des personnages qui n’en ont juste rien à foutre et qui ne vivent pas ça comme une composante de leur personnalité. Du coup, en écrivant ça, je me rends compte qu’il serait bien que je creuse davantage certains de mes personnages et que je sois moi-même le changement que j’attends de voir en littérature ! Peut-être une idée pour un futur article.

      Aimé par 1 personne

  3. C’est vrai que les ace sont les grands oubliés des représentations. Tant mieux si la discussion te fait réfléchir à ta propre écriture et peut-être contribuer à remédier au problème. 😉 Je lirais ton article avec plaisir et curiosité. Il n’y a qu’en débattant et en amenant d’autres gens à y réfléchir, puis en s’appliquant à nous-mêmes nos désirs et nos recommandations, que les choses évolueront.

    Aimé par 1 personne

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