Rencontre avec Sophie Dabat, auteure

Sophie Dabat est auteure des genres de l’imaginaire. Nous lui devons notamment la trilogie Le Sang des Chimères aux éditions Du Riez (des adolescents se découvrent bien malgré eux héritiers des pouvoirs d’antiques créatures), et la saga Sainte Marie des Ombres aux éditions Bragelonne, dans laquelle tout être vivant qui se trouve dans une zone non éclairée la nuit court un grave danger… Celui d’être dévoré par les Ombres.

Rencontre avec cette auteure haute en couleurs qui a accepté de nous parler écriture et monde de l’édition.

Sophie Dabat Sainte Marie des Ombre
Source : http://askullinthecloset.over-blog.com/2014/05/sophie-dabat-auteur.html

Chris BELLABAS : Bonjour, Sophie. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? J’ai pu voir à différents endroits sur le web que vous étiez traductrice, correctrice et écrivaine publique en plus d’auteure de fantasy française. Toutes ces casquettes sont-elles toujours d’actualité ? 😉

Sophie DABAT : Oui, toutes ces casquettes sont d’actualité. Je jongle avec les différents aspects du métier de rédactrice indépendante et d’écrivain public. Pour me présenter… que dire ? J’ai 38 ans, et cela fait 10 ans que je travaille – certes à temps partiel au début – dans l’édition. D’abord comme correctrice, métier que j’exerce toujours, puis comme traductrice et lectrice pour des maisons d’édition. J’anime également des ateliers d’écriture et écris des romans !

D’un point de vue plus personnel, je suis un petit machin nerveux avec des tatouages, des piercings et des cheveux bleus. J’ai un mari, deux enfants (des p’tites filles !), 3 chats, 2 chiens, 1 lapin, 5 poules (enfin, 4 poules et 1 coq), et des poissons. Je suis marseillaise d’origine, émigrée en Bretagne avec mon chéri et mon (seul et unique à l’époque) chat il y a 14 ans…

Pour vous, que signifie « être écrivain » ?

Pour moi, toute personne qui a fini une œuvre littéraire est écrivain. Un auteur, par contre, peut être à l’origine d’une œuvre musicale, plastique, cinématographique, etc. Un écrivain est forcément un auteur. Ma seule contrainte, pour « mériter » le titre d’auteur, pour moi, c’est d’avoir achevé une œuvre, de ne pas avoir abandonné en plein milieu (tristesse).

Qu’est-ce qui vous a menée à l’écriture ?

Je crois que la réponse coule de source : l’amour des livres ? Je suis une livrophabe invétérée et irrécupérable, et j’ai toujours eu tendance à inventer mes propres histoires – j’ai une imagination très féconde. Donc un jour où je critiquais – encore – une de mes lectures, mon chéri m’a dit : « au lieu de critiquer, tu n’as qu’à écrire tes propres histoires ! ». Il a lancé la machine : le même jour, j’ai entamé ma première nouvelle, et je ne me suis plus jamais arrêtée depuis !

Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous actuellement ?

En ce moment, je suis folle, je travaille sur 4 projets en même temps ! Un roman d’anticipation proche YA (pour Young Adult, donc grands adolescents), une romance érotique, un roman de chick-lit « réaliste » et un roman de fantasy féminine. Et j’ai un autre roman dont je vais entamer la réécriture début 2018, et plein de projets encore au stade « synopsis + premier chapitre » que je veux développer !

Quatre projets en même temps ! Whao. Vous ne manquez pas d’ambition ! Comment procédez-vous pour construire vos histoires ? Êtes-vous une adepte du plan détaillé de A à Z, laissant peu de place à l’improvisation, ou bien rédigez-vous vos premiers jets au feeling en vous basant sur quelques idées directrices ?

En fait, j’écris un synopsis en 3 à 5 pages, qui raconte le déroulé de l’histoire, mais sans procéder à un découpage par chapitres. Je préfère me laisser de la liberté, sur ce plan. Tout comme pour les détails de l’intrigue. En fait, je sais que je veux aller du point A au point B, et par quelles étapes je veux y aller, mais je me laisse libre de faire des détours – ou plutôt de laisser les personnages choisir les détours qu’ils veulent faire.

Et non, je n’écris pas, ou plutôt plus, mes premiers jets au feeling. Je me suis aperçue qu’à la fin, ça devenait confus et je laissais des pistes non exploitées, ou que trop de questions restaient en suspens. Donc je préfère m’organiser un peu. C’est ce qui m’aide à avancer sur plusieurs projets en même temps : comme les grandes lignes sont déjà tracées, je peux laisser l’histoire se dérouler toute seule et passer de l’une à l’autre sans avoir à m’interroger sur les questions existentielles de quand, où et pourquoi, tout coule de source.
Par contre, ce que je fais toujours,
c’est qu’au fur et à mesure de la rédaction, je tiens des sortes de fiches de personnages, dans lesquelles je note non seulement l’apparence et les caractéristiques des personnagesy compris leur passé et ce que je veux qu’il leur arrive, ou la date et la manière de leur mort –, mais aussi leur évolution au fil des tomes. Cela m’évite beaucoup d’incohérences ou de questions si je dois retrouver ce qui est arrivé à un personnage secondaire

Comment trouvez-vous votre inspiration ? Avez-vous une « routine » d’écriture ?

C’est horrible, mais quand on me pose cette question, « d’où vient mon inspiration ? », j’ai une réponse qui me vient en tête : DTC !

gif franc parler marseillais
On ne m’avait donc pas menti sur le franc-parler marseillais.

Mon inspiration, elle me vient de mon cerveau, de mon vécu, de mon passé, de mes lectures et de mes rêves. Je suis incapable de dire d’où elle vient, elle fait partie de moi.

Et non, je n’ai aucune routine d’écriture. J’ai cette chance d’avoir beaucoup de facilité pour entamer un texte ou me replonger dans un roman en cours d’écriture, il me suffit d’avoir mon fichier et mon ordinateur… et quelques minutes de calme. Par contre, une fois que je suis lancée, je peux devenir assez agressive si on m’interrompt !

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans l’écriture d’un premier roman ?

De commencer par des nouvelles ! C’est un excellent exercice pour démarrer dans l’écriture. Cela paraît moins ambitieux et effrayant qu’un roman, ça s’achève plus vite – il y a donc moins de risques d’abandonner en cours de route -, mais ça demande d’être concis, d’avoir de la rigueur, d’aller à l’essentiel et de savoir doser le suspense. C’est donc parfait pour améliorer son style et ses intrigues.

Comment avez-vous trouvé votre premier éditeur ?

Comme tout le monde : j’ai soumis mon manuscrit à plein de maisons d’édition et essuyé de nombreux refus !

Pour être honnête, j’ai d’abord envoyé mes nouvelles à des fanzines, puis à des anthologies, et un jour, j’ai condensé plusieurs nouvelles en un roman (qui sera bientôt édité, après 10 ans d’attente et beaucoup de retravail !) Cela s’est fait petit à petit, au fil des textes, des refus, des réécritures…

Pouvez-vous nous expliquer le parcours d’un manuscrit de son envoi par l’auteur à sa publication ?

La partie la plus longue, c’est l’attente entre le moment où le manuscrit est envoyé à X éditeurs et celle où il est accepté par l’un d’eux (on va partir du principe qu’il sera forcément accepté !). Donc il peut s’écouler plusieurs semaines, mois… voire années ! Une fois le manuscrit accepté, il y a une phrase de direction éditoriale : l’éditeur repasse sur le texte pour aider l’auteur à l’améliorer, à supprimer les longueurs, corriger les incohérences, complexifier l’intrigue… faire en sorte de gommer tous les défauts. Puis il y a la correction stylistique : on corrige les fautes, les tournures, les répétitions, les phrases trop longues, tout ce qui fait mal aux yeux quand on lit un texte bourré de coquilles.

Après, il y a la maquette, la mise en page. Puis la préparation de copie (une nouvelle relecture, mais à partir du fichier « prêt à imprimer », pour corriger les dernières coquilles, les erreurs de mise en page, les derniers détails. Sans oublier, pendant ce temps, la préparation de la couverture, du visuel, du quatrième de couverture…

Il y a ensuite tout un travail de promotion autour du livre, pour informer de sa publication à venir. Et enfin, le jour J, suivi de salons, de dédicaces et de services de presse pour avoir des critiques… que l’on espère positives. Tout cela peut prendre très longtemps !

Le travail fournit par les maisons d’édition de la sélection du manuscrit à sa publication semble énorme. Je souhaite donc vous poser la question qui taraude nombre de jeunes auteurs : est-il acceptable d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs simultanément, ou vaut-il mieux attendre que le premier à qui on l’a envoyé réponde avant de le soumettre à un autre ?

Je pars du principe qu’il faut avant tout faire preuve d’honnêteté. Pour ma part, je ne vois aucun problème à envoyer un manuscrit à plusieurs éditeurs en même temps… à condition de le stipuler dans la lettre de soumission. Idem, si un éditeur rend une réponse positive, il faut – à mon avis – prévenir immédiatement les autres afin qu’ils ne perdent pas de temps à lire un manuscrit qui n’est plus disponible.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un-e auteur·e qui souhaite être publié·e ?

D’écrire et de lire ! Je crois que c’est le seul prérequis pour être un jour publié. Un « bon » écrivain est avant tout quelqu’un qui aime les livres, qui aime lire, et qui avale les mots. C’est en lisant qu’on développe sa culture, ses références, son esprit critique. Et c’est en écrivant que, petit à petit, on affine sa prose, on s’améliore, on peaufine son style. Il faut de plus, à mes yeux, savoir être modeste : ne pas hésiter à accepter les critiques, à écouter les conseils, à faire lire ses textes par des lecteurs externes et prendre leur avis en compte, à réécrire, encore et encore, quand on a l’impression qu’on pourrait faire mieux. Comme Pénélope, cent fois sur le métier remettre son ouvrage.

Quand on écrit, ce qui sort du clavier – ou du stylo –, ce n’est pas le Pulitzer, il faut savoir l’admettre et se dire qu’on peut toujours progresser et améliorer. Ce n’est pas si facile que ça, on s’attache forcément à ce qu’on a fait, et on donne tellement de soi qu’on a l’impression d’avoir pondu une merveille. Et le dernier conseil que je pourrais donner, c’est de ne pas renoncer. Ni à écrire, il faut le faire régulièrement et souvent, ni à soumettre ses textes. Ce n’est pas parce qu’un éditeur l’a refusé que d’autres ne l’aimeront pas.

Conseillerez-vous de protéger son manuscrit avant l’envoi aux maisons d’édition ? Si oui, par quels moyens ?

Pour ma part, j’avoue ne pas être paranoïaque et orgueilleuse au point de penser que l’on guette mes manuscrits comme le dernier J.K. Rowling ! Je ne pense pas qu’il y a des pirates qui attendent de hacker mon ordinateur pour s’approprier mes chefs-d’œuvre ! Par conséquent, je ne protège pas mes manuscrits. Mais comme je travaille parfois aussi sur papier et que je garde certains documents de recherche chez moi, s’il m’arrivait un problème de ce genre, je n’aurais pas de difficulté à prouver que je suis la conceptrice. Sinon, il y a un moyen simple de protéger son manuscrit : c’est de se l’auto-envoyer en recommandé, et de garder le recommander non-ouvert. En cas de vol de manuscrit, le recommandé et la date dessus sert de preuve.

Merci beaucoup, Sophie. Quelques questions plus personnelles pour finir !

Quels sont les trois derniers livres que vous avez lus ?

En fait, je fais de la lecture de manuscrits pour des éditeurs, donc je n’ai plus beaucoup de temps de lire de livres « de mon choix ». Je m’en suis autorisé un « pour le plaisir » cet été, c’était Outlander, d’Anna Gabaldon. Je me suis régalée. Sinon, beaucoup plus tôt, j’ai lu Nos étoiles contraires, et le Grand Méchant Renard.

Quels sont les livres qui vous ont marquée ?

C’est purement affectif, mais je garde un souvenir marquant des premiers livres de fantasy que j’ai lus : La Belgariade, de David Eddings, La Romance de Ténébreuse, de Marion Zimmer Bradley, La Ballade de Pern, d’Anne McCaffrey.

De quel personnage de vos propres livres vous sentez-vous la plus proche ?

De Sainte Marie des Ombres. Elle est tout ce que je ne suis pas, et tout ce que j’aimerais être (même si je n’aimerais pas subir tout ce que je lui ai fait subir). Elle est courageuse, loyale, honnête, droite dans ses bottes et dotée d’un cœur d’or (qu’elle cache bien). C’est une super tatoueuse qui a un véritable don pour le dessin, elle sait faire de la mécanique et de la moto, se battre, boire comme un trou sans se déshonorer (ni grossir), dominer son monde et gagner des concours de jurons. Je l’adore.

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Stylée, la petite, j’avoue !

Avez-vous des héros ou des héroïnes dans la vie réelle ?

Je vais parler de deux écrivaines que j’ai la chance de connaître : Jeanne A Debats et Charlotte Bousquet. Qui écrivent divinement bien, qui ont le cœur sur la main, qui défendent des causes importantes et n’hésitent pas à en parler – et le font avec talent et conviction.

Merci pour le temps que vous nous avez consacré, Sophie, et succès dans vos activités !

Sainte Marie des Ombres

Merci pour votre lecture. Si Sophie Dabat et son univers ont attisé votre curiosité, je vous invite à faire un tour sur son blog.

@ bientôt quelque part ! 😉

Chris

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8 commentaires sur “Rencontre avec Sophie Dabat, auteure

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  1. C’est toujours très intéressant de voir l’envers du décor, surtout quand on sent que la personne met du coeur et de la rigueur dans ce qu’elle fait pour produire le meilleur. Ca a été un plaisir de la (vous 🙂 ) lire!

    Aimé par 2 personnes

  2. J’adore savoir comment les auteur•e•s travaillent ! À chaque lecture sur le sujet, je m’aperçois qu’il n’y en a pas un•e qui procède de la même manière 😮 Un envers du décor mouvant, propre à chaque individualité, c’est fascinant.

    Merci pour ta lecture et ton commentaire 😉

    Bonne semaine !

    Chris

    Aimé par 1 personne

  3. Merci 😉 Je suis bien d’accord avec toi ! Je rêverai de pouvoir interviewer tou•te•s les auteur•e•s du monde sur leur(s) méthode(s) de travail car les réponses sont toujours d’une grande variété, et parfois surprenantes !

    Aimé par 1 personne

  4. J’ai trouvé très intéressant de lire le parcours de cette auteur (ou plutôt écrivain !). Elle a une façon de travailler un peu différene de celle que je pensais la plus répandue ( le fait de ne pas faire forcément de première jet) et semble très fluide et à l’aise dans sa manière « de s’y mettre ». Et je pense qu’elle a raison d’encourager à commencer par des nouvelles ! Bonne continuation à elle et merci Chris pour l’article et la découverte 😀

    Aimé par 1 personne

  5. On reconnaît les auteur•e•s avec de la bouteille 😉 J’espère pouvoir lire prochainement sa saga « Sainte Marie des Ombres », car ce que j’ai lu d’elle pour le moment m’a plu.

    Merci pour ta lecture et ton commentaire !

    Peut-être @ bientôt quelque part,

    Chris

    J'aime

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