Chronique : Antigone [bande dessinée] – Luc FERRY – éditions Glénat

*Voix d’Outre-Tombe* Antigoooooneeeee !

Si des camarades de la classe théâtre du lycée J.B Corot me lisent, cela devrait leur rappeler quelques souvenirs.

Ah, Antigone, quelle femme !

Descriptif technique



Directeur d’ouvrage : Luc FERRRY
Directeur Artistique : Didier POLI
Scénariste : Clotilde BRUNEAU

Dessinateur : Giuseppe BAIGUERA

Genre : Bande dessinée, mythologie
Collection : La Sagesse des mythes
Date de parution : 8 novembre 2017
Éditeur : GLENAT
Nombre de pages : 56

Résumé


Débuter cette chronique par un petit rappel de la généalogie d’Antigone me semble judicieux !

Arbre généalogique d'Antigone par Mademoiselle Hauden
Source : https://plus.google.com/collection/4AXNp – Crédit : Mademoiselle Hauden

Antigone reprend l’histoire familiale des Labdacides après la mort d’Œdipe, ancien roi de Thèbes. Oui, cet Œdipe là, à qui Freud a donné le nom de son fameux complexe (1910, Contribution à la psychologie de la vie amoureuse, S. Freud). Après que le bougre d’Œdipe ait tué son père et épousé sa mère sans savoir qu’il s’agissait de ses parents (réalisant malgré lui une terrible prophétie faite avant sa naissance), il se crève les yeux en apprenant la vérité, puis supplie son oncle Créon de le chasser de la cité souillée par ses crimes. Créon refuse et Œdipe lui demande de gouverner Thèbes en attendant que ses fils, Etéocle et Polynice, soient assez âgés pour être investis du pouvoir (je parle bien ici de la version de Sophocle, car il existe de nombreuses variantes de ce mythe).

Créon finit cependant par se fatiguer du voisinage de l’ancien roi maudit et le banni. Étéocle et Polynice, alors en âge de le défendre, n’en font rien. Il laisse leur père partir seul alors que le devoir filial exige d’eux qu’ils l’accompagnent pour lui rendre plus légères les douleurs de l’exil. Blessé par leur trahison, Œdipe appelle sur ses fils la colère des dieux et part, accompagné de la seule Antigone, et sans laisser aucune instruction quant à sa succession.

À sa mort, ses deux fils se pensent ainsi tous les deux légitimes à monter sur le trône. Étéocle propose un marché à Polynice : se partager le pouvoir en régnant à tour de rôle, à la seule condition qu’il le laisse prendre le premier tour en sa qualité d’aîné.

Choc
Et Polynice qui accepte sans voir venir l’arnaque. Quelle confiance, quelle naïveté.

Quand vient le moment pour lui de remplacer son frère sur le trône, Étéocle refuse de lui céder. Alors, la malédiction lancée par Œdipe se consomme entièrement : Polynice lève une armée pour marcher sur Thèbes, Étéocle lui barre la route avec sa propre armée, et ils s’entretuent sur le champ de bataille.

Créon, qui se retrouve pour la troisième fois de sa vie à la tête de la cité à cause d’une défaillance des Labdacides, ordonne d’enterrer Étéocle avec les honneurs qui reviennent au sauveur de Thèbes, et fait savoir qu’il punira de mort quiconque aura l’outrecuidance d’offrir une sépulture à Polynice, le traître à sa cité, qui aurait été prêt à la détruire pour récupérer le pouvoir.

Une voix, une seule, s’élève alors contre sa décision. Celle d’Antigone. Elle conteste qu’on puisse refuser les honneurs funéraires à son frère. Pour elle, il s’agit d’une grave offense faite à la loi des dieux, qui empêchera Polynice de rejoindre le séjour des morts. Mais Créon ne veut rien entendre.

Antigone et Polynice
Antigone et Polynice, huile sur panneau – Benjamin-Constant (1845-1902) – Toulouse, Musée des Augustins

Malgré le péril, Antigone décide de braver sa colère et d’enterrer son frère. Prise en flagrant délit, elle doit répondre de son acte devant Créon, furieux et déterminé à faire respecter la sanction qu’il avait annoncée. Si Antigone se défend en invoquant qu’elle n’a rien fait d’autre que de respecter la loi des dieux, Créon lui rétorque que lui ne fait que respecter la loi de la cité qu’il incarne, et qui se doit d’être dure envers la dépouille d’un homme qui a risqué la survie de Thèbes.

Mais laquelle de ces lois doit l’emporter sur l’autre ? Comment se sortir d’un conflit dont les protagonistes défendant chacun un point de vue opposé, ont pourtant tous les deux raisons ?

Mon avis


Difficile de déterminer ce qui, de la couverture ou du titre, m’a le plus tapé dans l’œil. Le dessin de la couverture, par Fred Vignaux, est juste superbe. Je trouve qu’il a su capter très justement l’esprit du personnage (Antigone, seule, mais qui se tient debout et droite) et du mythe (décor sombre, qui peut évoquer les enfers ou la malédiction qui pèse sur sa lignée et avec laquelle il lui faut composer). Ce face à face dans les rayons de ma librairie a suscité bien des souvenirs.

Je dois la découverte de ce mythe à mes professeurs de théâtre de l’époque lycée, qui nous ont fait lire la pièce de Sophocle. Nous en avions mis en scène et joué quelques extraits, et le personnage et l’histoire d’Antigone ne m’ont jamais quitté•e depuis. Par son courage, sa détermination et sa foi en ses idées, Antigone est entrée au panthéon de mes personnages féminins préférés, toutes œuvres confondues.

La version qu’en livre Luc Ferry n’a pu que me satisfaire, puisqu’elle est très fidèle à celle de Sophocle. On y retrouve les personnages piliers du mythe, et l’enchaînement de circonstances qui rythment l’histoire originale – ou du moins, celle dont elle est l’adaptation.

Seule chose à m’avoir fait un peu tiquer : les dessins de Giusseppe Baiguera, que j’ai trouvés trop statiques et ternes émotionnellement comparés à celui de la couverture. Mais l’œil finit par s’y faire tandis que notre esprit est emporté par la nouvelle tragédie qui frappe les Labdacides.

En lisant, je songeais que cette BD, comme le reste de la collection La Sagesse des Mythes, pouvait faire une bonne approche des mythes grecs pour des jeunes récalcitrants à la lecture. Bien sûr, quelques cadavres sont apparents (rappelons que nous sommes dans une tragédie), mais rien de plus choquant que ce qui est visible dans certains films ou séries.

En conclusion, je ne saurais que trop recommander de mettre cette BD entre toutes les mains curieuses de (re)découvrir l’histoire d’Antigone !

Extraits


***

Antigone de Luc Ferry

***

Antigone de Luc Ferry 2


Et vous, vous lisez beaucoup de BD ? Avez-vous des titres inspirés par les mythologies (qu’importe l’origine) à me conseiller ?

Merci de m’avoir lu•e, et @ bientôt quelque part !

Chris

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4 commentaires sur “Chronique : Antigone [bande dessinée] – Luc FERRY – éditions Glénat

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  1. C’est marrant que tu fasses un article sur une bd car je me remets depuis le mois de septembre à en lire (si on considère qu’auparavant j’en lisais mais cela s’arrêtait surtout à Tintin et Asterix, qui sont au passage de supers bd) et je découvre tout un univers qui change et qui détend 😍 J’adore en lire et je n’ai pas encore tenté la collection la sagesse des mythes mais je pense bien à m’y mettre ! Quant à Antigone, je vais sans doute lire la version de Sophocle car celle que j’ai lue pour ma part au lycée était celle de Jean Anhouil et ne m’a pas plu du tout… Antigone me faisait surtout l’effet d’une capricieuse plutôt que d’une femme courageuse et une héroïne, ton article me donne envie de changer ma vision des choses sur elle !

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne peux que valider les Astérix et les Tintin (Capitaiiineeeee <3). Mais les grands esprits se rencontrent, dis-moi 😉 Je ne m'y suis mis•e que depuis peu également. Les BD sont effectivement un vivier de superbes histoires et de personnages mémorables ! Hélas, il s'agit d'une littérature beaucoup moins valorisée que la littérature classique. D'ailleurs peu de gens considèrent ça comme de la littérature, à tort. Les BD suscitées – Tintin, Astérix, même Boule et Bill – m'ont apporté beaucoup de vocabulaire, un appétit vorace pour les histoires, et une certaine réflexion à un âge tendre, et même si ce n'était "que" des BD, dans la cour de recré, on voyait tout de suite la différence entre les enfants qui en lisaient et celleux qui ne lisaient pas du tout !

      Si je cite souvent Harry Potter comme le livre qui m'a donné le goût des romans, celui à qui je dois tout, puisqu'il est à l'origine de mon goût pour la lecture, c'est Tintin 🙂 Je dévorais tous les albums (je les ai largement lus plus de 20 fois chacun !) – et pas seulement parce que j'étais amoureuxe du capitaine Haddock 😉

      Et puis, avec l'âge, on découvre comme le monde de la BD est vaste et passionnant, et comme les scénarios de certaines sont dignes d'un roman, le visuel offert avec !

      Si tu as de bons titres à me conseiller, sur les mythes ou pas, je prends 😉 Et bonne lecture de Sophocle !

      Merci pour ton passage et ton commentaire !

      @ bientôt quelque part,

      Chris

      J'aime

  2. Je suis entièrement d’accord pour l’apport de la lecture de BD aux enfants car c’était le cas aussi pour moi ! Et idem, Tintin a vraiment été une de mes premieres lectures qui m’a ouvert à tout ce monde ! Les Picsou aussi ! Je pense que ces lectures ont forgé l’adulte que je suis.
    Pour les lectures de BD que j’ai apprécié, il y a deux séries qui m’ont beaucoup plus dernièrement : L’homme qui n’aimait pas les armes à feux (ça se passe dans le far west et c’est plein d’humour mais aussi de sensualité et d’aventure), et du même auteur (Lupano) : L’assassin qu’elle mérite (Vienne en 1900 pour le coup). Et bien sûr les dessins sont superbes (c’est pour l’instant mon premier critere de sélections… Mais les histoires m’ont immediatement accroché !)

    Aimé par 1 personne

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